S’il est une fleur aux aspects variés, aussi bien dans sa forme que dans sa taille, sa couleur, son utilisation, c’est bien le chrysanthème. C’est une grosse erreur de vouloir le limiter, comme le font de nombreux « profanes », à une utilisation bien spéciale de « fleur de Toussaint », car c’est un hôte de choix de nos jardins et de nos vases.

C’est en mars-avril que se pratique le plus couramment la mise en culture des chrysanthèmes. Il est cependant possible de s’y mettre plus tôt; un chauffage d’appoint est alors nécessaire, et seuls les amateurs disposant d’une serre ou de châssis équipés de couches chaudes peuvent commencer la mise en culture en février.
Pour pouvoir opérer, la première condition est d’avoir mis des pieds de l’année précédente en végétation dès l’automne. C’est en effet à la base des tiges rabattues à 10 cm après défloraison qu’apparaissent, durant l’hiver, les drageons sur lesquels sont prélevés les boutures. Les chrysanthèmes cultivés en pots, depuis les variétés à grosses fleurs jusqu’aux marguerites d’automne, ont généralement été mis à hiverner dans le contenant où ils avaient fleuri ; tandis que les chrysanthèmes cultivés au jardin (dans la plupart des cas, il s’agit de variétés à fleurs simples) ont été arrachés et conservés sous abri dans des caissettes remplies de tourbe. Dans les deux cas, l’important, c’est que les pieds mères soient protégés des gelées pendant l’hiver. Dès la fin de décembre, la surface du pot ou de la caissette se couvre de petites pousses dont les feuilles découpées, déjà bien formées, atteignent 3 à 5 cm au début du printemps.

Pour la mise en culture, deux solutions sont possibles : la division de touffes ou bien le bouturage. La première, d’apparence plus simple, est plus aléatoire et ne donne que rarement des plantes aussi vigoureuses que celles qui sont issues de boutures. Le plant obtenu par division a, en effet, tendance à continuer d’émettre des drageons, et les nombreux rejets qui se forment à la base de la tige épuisent la plante, entravant ainsi le développement de son feuillage et de ses fleurs; le végétal adulte a souvent un aspect un peu désordonné. La bouture, au contraire, forme une tige nette et droite où il sera facile par la suite d’induire un développement harmonieux des rameaux latéraux et une abondante floraison, au moyen de pincements.

La division de touffes consiste à replanter isolément les drageons émis par la plante mère, tout en conservant un nombre suffisant de racines. C’est facile à réaliser; il suffit de dépoter le pied et ses rejets lorsque ceux-ci ont environ 15 à 25 cm. Les drageons sont alors divisés, c’est-à-dire séparés les uns des autres (on peut laisser jusqu’à trois pousses ensemble), puis remis en terre (une bonne terre de jardin convient parfaitement) soit dans des pots, soit directement au jardin dans un endroit abrité. La première solution offre toutefois plus de garanties : elle permet de placer les plants sous un abri, dans un premier temps, puis de les habituer progressivement au grand air. De plus, en cas de gelées tardives, il est toujours possible de rentrer les pots ou de les protéger. En pleine terre, si le sol se remet à geler, on prend le risque de voir les jeunes cultures péricliter avant même la reprise.
Le bouturage, plus sûr et plus classique, est un peu plus long à réaliser :
Commencez par prélever l’extrémité supérieure du drageon de telle sorte que la bouture mesure 8 à 10 cm. La coupure se fait toujours au-dessus d’un œil et doit être franche, afin de ne pas meurtrir les tissus; pour cela, utilisez un canif ou un greffoir bien aiguisé, et retaillez au besoin si la tranche n’est pas nette ou si la bouture dépasse 10 cm. Il est possible de préparer autant de boutures qu’il y a de drageons sur les pots, mais il est préférable de sacrifier ceux qui paraissent peu vigoureux.
Trempez la base des petites tiges prélevées dans une hormone d’enracinement, après avoir supprimé les deux feuilles du bas situées au-dessus de la coupe.
Disposez alors les tiges dans une caissette profonde de 10 cm et remplie d’un mélange terreux préalablement préparé et tamisé en laissant environ 5 à 8 cm entre chaque bouture.
Pour qu’il y ait enracinement, il faut que le compost soit suffisamment riche en éléments organiques, donc qu’il contienne du terreau ou de la bonne terre de jardin ; il doit, d’autre part, être bien drainé tout en gardant son humidité, d’où l’intérêt d’y introduire sable et tourbe. Les proportions conseillées sont 1/3 de terreau bien vieilli, 1/3 de sable et autant de tourbe. Y enfoncer la tige jusqu’à la première feuille de la base.
Arrosez abondamment à la pomme d’arrosoir, pour bien humidifier la terre et pour faire adhérer les tiges au sol.
En principe, il ne devrait plus être nécessaire d’arroser jusqu’à l’enracinement. Pour que les caissettes gardent leur humidité, recouvrez-les d’une feuille de plastique percée de quelques trous ou d’une mousseline.

Protégez des trop forts rayons du soleil au moyen d’une ombrière. Maintenir une température de 12 à 15 °C.
Au bout d’environ trois semaines, cette période pouvant être très variable, le feuillage prend une couleur verte caractéristique; c’est le signe que les premières racines ont percé. Il faut alors habituer progressivement les jeunes plants aux conditions de plein air en les sortant de leur abri quelques heures par jour.
Repiquez ensuite les plants devenus autonomes dans un compost légèrement plus riche en terreau, mais contenant toujours au moins une moitié de tourbe et de sable. On peut planter, dès ce moment-là, en pots, mais un premier repiquage en caissettes est souvent préférable, car il est plus facile d’y maintenir la terre humide. Espacez alors les tiges enracinées de 10 cm.
Ce n’est que courant mai que les chrysanthèmes seront définitivement sortis ou mis en terre. Il faudra, à ce moment-là, veiller à les protéger des limaces et des pucerons porteurs de viroses.