Est-ce à cause du souvenir lointain des jardins à la française, rectilignes et plans? Est-ce par tradition? Dans nos régions, l’absence de pente est un critère de la qualité d’un terrain, presque au même titre que la fertilité du sol ou qu’une bonne exposition. Pourtant, ce sont les talus qui bien souvent donnent une forme originale au jardin; ils peuvent isoler un coin privilégié ou bien ouvrir des perspectives… En contrebas, au bord d’une pelouse, le long d’une allée, sur la rue, partout le talus mérite d’être aménagé et fleuri.

Avant d’ensemencer ou de planter des végétaux sur une butte, il faut faire face à quelques problèmes.
L’instabilité du sol
Le premier, le plus évident des problèmes. Dès que les pluies deviennent abondantes, les eaux de ruissellement ravinent la terre en surface, en entraînant les substances nutritives vers le bas; parfois même, des végétaux mal enracinés peuvent être emportés aussi, ou du moins se déchausser… Et ce ne sont pas les seuls dégâts ! L’eau qui s’infiltre agit aussi en profondeur, en provoquant des affaissements du terrain. Pour pallier cet inconvénient, il est heureusement possible de combiner plusieurs remèdes; d’abord planter des végétaux à racines traçantes et solides, peu élevés, pour éviter les prises au vent. Les conifères rampants, du type du genévrier, à port étalé, ainsi que quelques arbustes persistants, tels les cotonéasters ou des plantes traçantes comme le millepertuis, sont très intéressants pour cet usage; quelques-uns, plantés de loin en loin, suffisent parfois pour maintenir l’ensemble du talus. Cependant, lorsque la pente est trop forte, le végétal ne se suffit plus à lui-même; il est nécessaire de faire un peu de construction. Des simples blocs de pierre posés dans la rocaille jusqu’aux murets de béton, chacun peut apporter une solution pour consolider son terrain. Dans le clayonnage, le bois ou le fil de fer sont les matériaux de base; cette méthode consiste à enfoncer de solides piquets sur 50 cm environ, pour les relier ensuite avec des treillis ou, plus discrètement, avec des branchages de bouleau entrelacés. On forme ainsi des mini-terrasses peu visibles lorsque les végétaux se développent sur le talus. Le matériau le plus couramment utilisé demeure tout de même la pierre : parmi les plantes alpines, elle est en plus un élément décoratif, mais qui ne doit pas prendre trop d’importance. Ailleurs, la pierre peut dominer sur le végétal et, à la limite, le talus pourrait se transformer en muret fleuri.

Le manque de fertilité relative
Lessivé constamment, le sol d’un talus s’appauvrit malgré tous les dispositifs mis en œuvre. De plus, la plupart des talus, surtout dans les nouvelles résidences, sont constitués de terre de remblai, pratiquement inculte. La première chose à faire, quand il n’est pas trop tard, c’est de veiller à ce que les terrassiers ne ramènent pas trop de cette mauvaise terre en surface, sinon il faudra prévoir de recouvrir l’ensemble du talus d’une couche d’au moins 40 à 50 cm de bonne terre de jardin enrichie de terreau. De toute façon, il est raisonnable de faire régulièrement des apports de terreau au pied des plantations afin d’éviter l’épuisement total du sol.
Le choix des végétaux
Le talus ainsi préparé, vient enfin le moment de choisir les végétaux qui l’orneront. Avec des plantes aussi différentes que les petites vivaces de rocaille tapissantes ou en touffes, les arbustes au port rampant ou érigé, sans oublier les vivaces de développement plus important, les bulbeuses et même quelques annuelles, il est possible de réaliser des milliers de compositions différentes. Pourtant, il est de tradition de différencier quelques types d’aménagement classique.

La rocaille. Le premier, celui qui vient à l’esprit lorsque l’on parle de talus, c’est la rocaille : colorée pendant toute la belle saison, c’est un jardin étonnant, riche, presque une pièce de collection lorsqu’elle est réussie. Elle ne supporte pas d’être délaissée plusieurs mois et demande à être nettoyée, nourrie, réaménagée fréquemment. Les plantes qui s’y développent sont petites, délicates et fragiles; nous traiterons plus spécialement de leur choix dans un prochain numéro des Doigts verts.
La construction d’une rocaille ne pose pas de problèmes particuliers, à condition d’assainir le sol et de constituer une bonne couche de drainage avec des cailloux; sur cette couche, déposez de la tourbe pour retenir l’humidité, puis quelques pierres en groupes dispersés, bien calées par une seconde couche de tourbe ou de terre enrichie de sable grossier. Enfin, étalez du terreau de feuilles mélangé à de la terre de jardin pour y effectuer les mises en place selon votre gré. Vous pourrez, par exemple, débuter avec quelques plantes faciles, peu envahissantes : æthionema, aster des Alpes, gypsophile rampante, lin des Alpes, œillet, phlox nain, saxifrage, sempervivum, silène et trolle; sans oublier, pour l’ombre, fougère et hosta, anémone, doronic, gentiane, primevère et violette ; à toutes ces plantes, dont le développement ne dépasse pas 30 cm, vous pourrez ajouter quelques arbustes, tels que le thym, le pin de Briançon et autres conifères nains.
Une autre solution. A l’opposé de la rocaille se situent les aménagements de type moderne, à base de plantes couvre-sols, remarqués de plus en plus souvent dans les nouveaux ensembles urbains ou au bord des grandes routes. Moins fleuris, moins raffinés, ils ont l’avantage d’être présentables toute l’année, étant composés d’une majorité de persistants, d’opposer une grande résistance aux intempéries et de ne nécessiter que peu d’entretien. Les plantations peuvent se faire sur une couche de sol très fine. Parmi les principaux végétaux utilisables pour ce genre de réalisations, citons : cotonéas-ter rampant, lierres vert ou panaché, genévrier de Pfitzer, bruyère, genêt, millepertuis, potentille, mahonia, pyra-cantha, pervenche.
Entre ces deux types de jardin opposés, quant à leur conception, il est possible d’obtenir des compromis. Un grand nombre de vivaces pourront vous aider à fleurir votre talus sans pour cela avoir trop de soins à apporter : céraiste, géranium sanguin, santoline, lavande, stachys, hélianthème, mésembryanthème, fétuque, gazon d’Espagne, ibéris, aubriette, saponaire, iris, benoîte sont sans doute les plantes les plus utilisées parce que bien adaptées à ce type de culture.
La dernière question à se poser concerne les gazons. Est-il en effet raisonnable d’engazonner un talus ? Cela dépend en partie de son inclinaison : si celle-ci est trop forte (supérieure à 30 %), il sera plutôt préférable de recourir à des plantes tapissantes, car le passage de la tondeuse sur une telle pente serait un travail bien trop dangereux pour l’utilisateur.