Potager : pourquoi pratiquer la rotation des cultures légumières ?

On dit souvent qu’un changement vaut des vacances. Appliquez cette maxime au jardin potager et vous saurez la raison profonde de la pratique de la rotation des cultures, c’est-à-dire de la culture chaque année sur un carré différent des diverses espèces légumières. Il y a essentiellement deux raisons en faveur de ce changement, ou repos, pour la terre.

La première est que les différentes espèces végétales utilisent en quantités variables les éléments nutritifs présents dans le sol, même si toutes demandent des éléments identiques. Ainsi les choux ont besoin d’azote en grande quantité pour produire de nombreuses feuilles vigoureuses. Les pois et haricots, au contraire, utilisent peu l’azote du sol, car ils sont capables d’en synthétiser eux-mêmes, par l’intermédiaire de bactéries fixées sur leurs racines.

De même, les légumes-fruits, comme les tomates, ont besoin de beaucoup plus de potasse pour fleurir et fructifier que les légumes-racines, comme les carottes. En faisant en sorte que chaque espèce n’occupe un certain carré que pendant une saison, les ressources nutritives du sol sont utilisées au mieux.

La seconde raison de cette rotation des cultures légumières est d’ordre sanitaire. En effet, de nombreux parasites et surtout la plupart des maladies se développant dans le sol sont assez spécifiques du type de plantes qu’ils attaquent. En l’absence de ces plantes, ces maladies ou parasites disparaissent généralement d’eux-mêmes. Ainsi ces problèmes potentiels sont-ils tenus en échec si les organismes responsables persistent moins longtemps dans le sol que le temps de rotation des plantes sensibles. C’est du moins la théorie !

Cet argument est en effet vérifié dans le cas des cultures commerciales, la dimension des champs étant assez grande. Sur le terrain d’une même exploitation, la distance entre deux parcelles de choux peut être de plusieurs kilomètres. Il y a peu de risques, dans ce cas, que la maladie présente dans le sol ou même un insecte avec une phase volante passent rapidement d’un champ à un autre. Cet argument a cependant peu de valeur dans les potagers familiaux, où la distance entre le carré de choux de l’année et celui de l’année précédente ne dépasse pas quelques mètres.

Il est donc peu probable que la rotation des cultures du potager ait une incidence sur la limitation des maladies et parasites, mais il est certain qu’elle joue pour éviter l’épuisement du sol en éléments nutritifs. La rotation des cultures présente en outre un autre avantage, secondaire mais non négligeable : le sol est travaillé uniformément. La rotation des espèces demandant une préparation du sol en profondeur fait que tout le potager est régulièrement bêché et retourné.

Quelques espèces légumières échappent cependant à cette règle, pour des raisons d’un autre ordre. Les haricots à rames sont un exemple de ce type de légumes qu’on cultive en général chaque année au même emplacement, car une fois les tuteurs mis en place, ils sont difficiles à déplacer. Le maïs doux et le céleri peuvent également être cultivés au même endroit, tandis que les légumes vivaces comme asperges, rhubarbe et autres restent nécessairement en place d’une année sur l’autre.

Il y a trois règles à respecter pour établir un planning de rotation :

  • Les légumes-racines (carottes, betteraves rouges…) ne se plaisent pas dans une terre ayant récemment reçu des apports de fumier ou de compost.
  • Les crucifères (choux, brocolis, navets, choux de Bruxelles, rutabagas…) et autres légumes-feuilles comme les épinards demandent un taux d’azote important. Les choux apprécient souvent également un chaulage.
  • Haricots et pois exigent peu d’azote mais apprécient les apports de fumier.

Par ailleurs, certains légumes, comme radis et laitues, se développent rapidement et peuvent être intercalés parmi d’autres à croissance plus lente. Enfin, il faut adapter ce plan du potager aux souhaits de tous !

Voici un exemple de plan de rotation sur trois ans. Il se prépare de la façon suivante : on divise la surface en quatre « carrés » ; l’un sera permanent, sur les trois autres, de taille équivalent (environ 1,50 x 6 m), les cultures se succéderont.

Le carré « permanent » contiendra la rhubarbe, les haricots à rames, les asperges et salsifis

Dans le carré A, on incorpore du fumier ou du compost pour les tomates, courgettes, concombres et autres légumes demandant un sol riche mais peu d’azote.

Dans le carré B, on apporte engrais et chaulage pour les légumes-feuilles ayant besoin d’azote, comme épinards et crucifères, qui apprécient un chaulage si la terre est acide.

Le carré C est destiné aux légumes-racines, qui sont déformés si le terrain vient d’être enrichi en fumier, et qui ne demandent qu’un engrais complet ordinaire.

En respectant les principes de rotation, la deuxième année, les plantes du carré A sont cultivées en C, celles de B en A et celles de C en B, et on décale encore dans le même sens la troisième année.

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