La création d’un jardin est certes une entreprise passionnante et séduisante, mais elle pose parfois quelques problèmes. S’il s’agissait seulement de choisir les fleurs et les arbres que l’on aime pour les associer selon leurs formes et leurs couleurs, le goût et l’imagination suffiraient sans doute pour s’improviser paysagiste; encore faudrait-il avoir une idée du mode de développement des végétaux, de leur rythme de croissance, des changements de leur allure au cours des saisons.
En fait, il est d’autres facteurs encore plus indispensables à connaître et à analyser bien avant de se mettre à planter et même de faire son choix. Ces facteurs, ce sont les caractéristiques du jardin à habiller : son sol (est-il calcaire, argileux ou sablonneux?), son exposition (est-il au nord, au sud, balayé par le vent ou situé près d’un littoral?), le climat sous lequel il se trouve (le terrain est-il à Marseille ou à Dunkerque?), enfin sa pente (est-ce un talus, un jardin en terrasses ou bien une bande de terre plate ?).
Évidemment, certains emplacements sont plus faciles à aménager que d’autres, mais, une fois les problèmes posés, il est toujours possible de trouver des arrangements originaux et vivables.
Où que ce soit, les solutions sont en général si diverses qu’il est rarement possible de définir la solution idéale. Pour chaque jardin, l’éventail de choix parmi les plantes cultivées demeure très étendu, et puis les multiples façons d’assembler formes et couleurs, les nombreuses possibilités d’aménagements personnalisent encore davantage le décor. C’est d’ailleurs pour cela que la création des jardins est souvent une affaire de professionnels et que ce n’est pas un abus de langage que de parler d’art paysager.
Premier facteur : le sol
Connaître le sol, c’est pouvoir employer les bons moyens pour le transformer si nécessaire en bonne terre et savoir choisir les végétaux qui s’y développeront harmonieusement.
Toutes les terres cultivables contiennent de l’argile, du sable, du calcaire, de l’humus dans des proportions variables (celles qui ne contiennent qu’un seul de ces éléments ne sont pas des terres de jardin). On peut, à l’aide d’analyses faites en laboratoire, connaître la composition exacte de son propre sol. Cependant, sans avoir recours à des méthodes compliquées, il est toujours possible de se faire une idée du type de terre dont on dispose. Pour cela, regardez d’abord la couleur d’une tranche de terrain; si elle est brune, presque noirâtre, elle contient une bonne quantité d’humus, c’est-à-dire des débris végétaux décomposés par les micro-organismes du sol. Ce genre de terre est riche en azote et en substances organiques, elle est donc fertile. Lorsque la couleur est au contraire blanchâtre, le sol est plutôt calcaire. Pour le vérifier, versez une goutte de vinaigre qui provoquera une effervescence au contact du calcaire.
D’autres indications sont obtenues en étudiant la consistance d’une motte humide. Si cette motte, après avoir été malaxée, ne se désagrège plus, même lorsqu’elle reçoit un choc, le sol peut être qualifié d’argileux. Ce type de terre lourde et compacte retient l’eau et les engrais et s’avère très difficile à travailler. Si, au contraire, la motte humidifiée ne s’agglomère pas, le sol est alors sablonneux. A l’inverse du précédent, il est très perméable et a tendance à se dessécher.
Entre ces deux extrêmes se situe la terre franche, parfaitement équilibrée ; elle s’agglomère lorsqu’elle est travaillée, mais se désagrège au moindre choc. Les remèdes pour modifier les carences ou les excès d’un sol sont nombreux et spécifiques.
- La chaux diminue l’acidité des terres riches en humus ou à dominance argileuse.
- Des apports de tourbe ou de sable améliorent progressivement les sols trop lourds et compacts.
- Les fumiers, naturels ou artificiels, compensent l’appauvrissement des sols trop utilisés dont les réserves d’humus s’épuisent, tout comme les engrais à intégrer constamment dans les aires de culture.

Malgré toutes les modifications qu’il est possible d’apporter aux sols, il est préférable de choisir des végétaux adaptés à son terrain.
En terre franche, tout est possible, de même que dans les endroits bien alimentés où l’humus est abondant.
En milieu calcaire, vous choisirez plutôt, pour les arbres et arbustes : l’amélanchier, l’amorpha, le berbéris, le bouleau, le buis, le cèdre, le charme, le céanothus, le cotonéaster, le cytise, le cyprès, le deutzia, l’épicéa, l’érable, le fusain, le frêne, le genévrier, l’hibiscus, le kerria, le lilas, le kœlreutéria, le paulownia, le pin, le robinier, le seringat, le sorbier, la spirée, le sureau, la symphorine, le tamarix ou le weigelia… et, pour les plantes herbacées : l’achillée, l’athéa, l’agérate, l’ancolie, l’aster, l’aubriette, la campanule, les corbeilles-d’or et d’argent, le cosmos, le dimorphotéca, l’iris, la gaillarde, l’hélénium, l’œillet, le pavot, le pourpier, le pied-d’alouette, la saponaire et le zinnia…
En sol sablonneux, vous planterez avec succès certains des végétaux énoncés plus haut, ainsi que d’autres; pour les arbres retenons, parmi les caducs : le bouleau verruqueux, le catalpa, le cerisier, le cytise, l’érable champêtre, le frêne, le gleditschia, le kœlreutéria, le lagerstrœmia, le magnolia, le mûrier, le noisetier, le rhus, le robinier, le sorbier; et, parmi les persistants : l’épicéa bleu et pungens, le pin noir d’Autriche et sylvestre, le sapin concolor. Pour les décorations florales, choisissez plutôt des plantes qui se plaisent en terrain sec : plantes de rocailles et herbacées, telles que l’achil-lée, l’anthémis, la capucine, la centaurée, le coréopsis, l’érigéron, l’érysimum, l’eschscholtzia (ou pavot de Californie), la ficoïde, la gaillarde, le gaza-nia, l’hélénium, le lin, la molène, la malope, l’œnothère, l’oxalis, le pavot, le sédum, le sempervivum.

Enfin, dans les terrains argileux, il faut souvent choisir parmi un nombre limité de végétaux, à moins d’alléger le sol par de la tourbe ou du terreau, ce qui rend alors possible la plupart des cultures… Pensez toutefois, pour les arbres et arbustes, aux aulne, liquidambar, liriodendron, peupliers de toutes sortes, platane, saule, tilleul, cryptoméria, thuya, cyprès, bambou, cornouiller, hamamélis, lierre, aucuba, cotonéaster, deutzia, fusain, mahonia, weigelia.
Deuxième facteur : l’exposition
Lorsqu’on parle d’exposition, bonne ou mauvaise, on ne fait en général référence qu’à un coin de jardin. Il est bien rare en effet, exception faite pour les jardins de ville entourés de quatre murs, que l’ensemble du terrain soit privé de soleil, ou alors il y a eu une erreur lors de la mise en place des arbres ou des haies.
Il peut tout de même être utile de connaître les plantes qui s’accommodent de l’ombre. Elles trouveront leur place au pied des arbres ou près des murs. Parmi les plantes herbacées, citons : l’acanthe, l’anémone, la digitale, la rose de Noël, la lysimaque, le muguet, la primevère, la scille campanulée, la violette et d’autres plantes, telles que le lierre, l’hosta, la fougère.

A l’opposé, les plantes de plein soleil ne se comptent pas. Ce sont les fleurs de rocailles, celles qui poussent en terrain sec et en pays méditerranéens.
En voici quelques-unes : la ficoïde, le gazania, l’oxalis, l’hélénium, la gaillarde, le coréopsis, la malope, le lavatère, le pavot…
Troisième facteur : le climat
Bien sûr, il est des pays privilégiés où tous les végétaux prennent très vite des proportions gigantesques tout en gardant une allure saine et soignée.
Le meilleur exemple, ce sont les jardins anglais : bénéficiant d’un climat extrêmement tempéré, et certes de beaucoup de soins, ils sont toujours verts et fleuris.
Cependant, à chaque région sa note un peu originale, et partout il y a un petit lot de végétaux bien spécifiques et particulièrement adaptés… En Méditerranée, là où sévit la sécheresse, ce seront des plantes robustes, à réserve d’eau, type plantes grasses ou cactées, et puis le cyprès, la lavande, les bougainvillées et le choisya.
L’Aquitaine, quoique bien tempérée, a elle aussi ses spécialités : le lager-strœmia, le cèdre du Liban, le buis taillé, l’albizzia, le Magnolia soulangeana et encore bien des arbustes à fleurs. En Alsace, pays des façades fleuries, on cultive plus volontiers le rhododendron, les conifères, tels que les ifs, les pins noirs d’Autriche, les cèdres et les thuyas.
Enfin, si les hortensias et les camélias sont originaires de la Bretagne et de la Normandie, les plantations de bords de mer sont souvent difficiles à maintenir en vie. Constamment balayés par le vent et les embruns, les jardins ont toujours besoin de protection.
Cependant certains arbustes sont particulièrement résistants à ces conditions. En voici quelques-uns, à titre indicatif : l’Atriplex hamilus, le baccharis, l’escallonia, l’hippophae, l’oléaria (le banal olivier), les Salix alba et caprea, le Senecio greyi, le tamarix et, parmi les arbres : le cyprès de Lambert, le pin noir d’Autriche, le pin d’Alep et le pin sylvestre, le peuplier, le chêne vert et le sorbier.
Dernier facteur : la pente
Le degré de la pente, on peut bien sûr le mesurer, mais une rapide appréciation suffit pour distinguer une descente abrupte d’une faible inclinaison.
Une pente, ce n’est pas toujours un désavantage au jardin; on peut au contraire y dessiner des lignes originales avec des conifères et couvre-sols, ou bien, pour être moins sévère, avec des arbustes à fleurs ou encore des plantes de rocailles.

Autrefois, les principaux aménagements de talus étaient les rocailles de plantes alpines. Ces vivaces n’étant pas très hautes, elles se maintiennent sans problème sur des dénivellations très fortes; elles poussent même sur les murets. De plus, ces plantes se plaisant dans les cailloux et rochers, la pose de quelques pierres de maintien n’entrave pas leur développement.
Hélas ! ces végétaux sont parfois fragiles et se laissent envahir facilement par les mauvaises herbes, faute de soins suffisants. C’est pourquoi les paysagistes des nouveaux espaces verts utilisent de plus en plus d’autres couvre-sols plus solides, tels que les millepertuis, bruyères, pervenches, cotonéasters rampants… Leur feuillage persistant assure un décor végétal toute l’année; ils sont, de plus, très résistants aux intempéries.
Une autre solution pour recouvrir les pentes, surtout si elles englobent une grande surface, c’est le gazon. Pour obtenir une densité égale à peu près partout, il est conseillé de ratisser de bas en haut pour faire remonter les graines. Cependant, la pelouse ne pourra jamais être très belle à la base, si la pente est forte et les eaux de ruissellement non retenues. De plus, attention au maniement de la tondeuse, qui peut devenir dangereux, et surtout ne jamais tondre face à la pente.
Lors de l’aménagement d’un terrain incliné, on est toujours soumis à une alternative : est-il préférable d’accentuer l’effet de pente ou, au contraire, de l’atténuer.
C’est souvent la seconde solution la plus raisonnable. On peut pour cela planter des arbustes nains le long de la pente et un bosquet d’arbustes ou même d’arbres élevés au pied. Ces derniers diminueront l’effet de dénivelé, d’autant plus qu’ils seront grands.
Pour accroître au contraire les contrastes, on peut planter les arbres au sommet à la manière des Méditerranéens, qui plaçaient leurs ifs et leurs cyprès en haut des jardins en terrasses.
Le risque principal à craindre dans un jardin en pente est que les plantes se déchaussent et que le sol s’épuise en cas de fortes pluies ou chutes de neige; c’est pourquoi il est parfois nécessaire de soutenir la terre au moyen de terrasses de pierre ou de bois, à l’exemple des pays de montagne.