Dès l’origine des temps, les plantes se sont multipliées par le moyen des graines.
Puis la nature a créé d’elle-même d’autres moyens de reproduction : une branche flexible se rabat vers le sol et s’enracine, c’est le marcottage. Une branche cassée tombe à terre et s’enracine, c’est le bouturage.
L’homme a observé tous ces phénomènes et s’en est inspiré pour créer ses propres moyens de reproduction que nous pouvons classer comme suit, en deux grandes catégories.
Les moyens naturels : semis de graines, bouturage, marcottage, drageonnage, éclatage;
Les moyens artificiels : semis de graines obtenues par hybridation, greffage, surgreffage.
De tous ces moyens, le semis et le bouturage sont les modes de multiplication des plantes les plus faciles à pratiquer. Mais souvent, en floriculture et en arboriculture, seul le bouturage reproduit fidèlement la plante mère et fleurit très vite.
Qu’est-ce que le bouturage ?
C’est l’opération qui consiste à mettre en terre une portion de rameau, feuillue ou non, voire de feuille ou de racine, prélevée sur une plante dont elle reproduira fidèlement les caractères. C’est une reproduction asexuée. Toutes les boutures issues d’une même plante constituent une famille appelée clone.
Quand une plante de la descendance a subi une transformation quelconque, elle donne alors des clones différents et peut constituer une variété nouvelle.
Pour réussir le bouturage
Quatre conditions sont essentielles :
Bien choisir la bouture. Selon les espèces, on préfère des boutures tendres, demi-tendres ou ligneuses. Les racines se développent mieux sur des boutures tendres tirées le plus souvent aux extrémités des rameaux : elles doivent posséder des bourgeons bien formés et non en voie de débourrement. Il est important de ne prélever les boutures que sur des sujets parfaitement sains.
Planter la bouture dans une terre adaptée. La terre de bouturage porte le nom de substrat. Il doit être léger, perméable, s’échauffant facilement. Le meilleur au départ est le sable; mais il est inerte et la bouture ne peut y rester longtemps. C’est pourquoi il est bon de lui ajouter un peu de tourbe, dont la consistance est plus proche de celle d’une terre normale. Sa température demande à être un peu plus élevée que celle de l’atmosphère — d’où l’utilité d’une chaleur de fond (trame chauffante au fond de la caissette de reproduction, installation sur une surface chauffante…).
Planter la bouture dans une atmosphère adaptée. L’atmosphère doit présenter une ambiance constante qui a pour but essentiel d’éviter le flétrissement prématuré des feuilles. Pour obtenir cette fraîcheur relative, on utilise souvent le procédé dit « à l’étouffée », qui consiste à isoler de l’air ambiant la partie aérienne de la bouture jusqu’au moment de la reprise assurée (une dizaine de jours). La lumière joue également un grand rôle dans la reprise. C’est pourquoi la matière isolante de l’air ambiant doit être transparente; la lumière favorise l’enracinement. Cependant, elle ne doit pas être trop vive, car elle augmenterait la transpiration.
Planter la bouture au bon moment. Ce choix varie avec les espèces : du début du printemps à la fin de l’automne. En principe, le bouturage se fait au printemps et en été avec tout ce qui est feuillu ; à l’automne avec les rameaux ligneux défeuillés.
Boutures de printemps (mars-avril) : les boutures vertes d’extrémités des plantes d’appartement, les boutures de conifères prélevées le long des ramifications secondaires, les boutures à bois d’arbres fruitiers (vigne), d’avenue (peuplier) et d’ornement à feuilles caduques (possibles mais plus aléatoires qu’à d’autres époques) ;
Boutures de plein été (juin-juillet-août) : les boutures demi-doubles en extrémités ou en intermédiaires (arbres d’ornement à feuillage caduc), les boutures vertes d’extrémités (plantes d’appartement et quelques plantes de jardin : vigne vierge, fuchsia, rhododendron, azalée…) ;
Boutures de fin d’été (fin août-septembre) : les boutures intermédiaires sur rameaux ayant fleuri (rosiers et tous les arbustes à floraison estivale), les boutures d’extrémités prélevées le long des ramifications secondaires (conifères de jardins d’agrément). Nous reviendrons sur ces boutures pour les travaux de septembre.
Que se passe-t-il dans le bouturage ?
Pour qu’une bouture réussisse, il est indispensable qu’elle émette rapidement des racines, afin que ces dernières puisent dans le sol l’eau et les aliments nécessaires à son développement, le rameau ayant jusqu’alors vécu sur ses réserves. Toute la science du bouturage repose donc sur l’art de faire pousser dans le plus bref délai des racines sur les rameaux bouturés.
La naissance des racines. Elles naissent en général à la base, sur l’emplacement de la coupe. Mais ce n’est pas absolu. Des racines secondaires, ou adventives, peuvent prendre naissance sur les nœuds, c’est-à-dire en des endroits où se trouvait attachée une feuille. C’est pourquoi, afin de favoriser la naissance des racines sur la base, il faut toujours tailler immédiatement sous un nœud. Dans les boutures ligneuses et semi-ligneuses, il se forme sur la coupe un bourrelet cicatriciel où naissent les racines.
Les raisons de l’enracinement. Elles sont au nombre de trois :
L’humidité. Elle est indispensable aussi bien dans le substrat que dans l’atmosphère. L’eau pénètre, dans les boutures herbacées, par la place de coupe et par les pores de l’épiderme ; dans les boutures ligneuses, elle le fait par osmose au travers de l’écorce. L’eau assure le transfert des matières de réserve nutritives vers l’endroit de la cicatrisation et de l’émission des racines ;
La chaleur. Une température convenable est nécessaire — autour de 20 °C. Elle est variable selon les plantes. Une température trop basse provoque la rapide nécrose des boutures ;
Les substances stimulantes, Ce sont des micro-éléments, vitamines et hormones, qui se retrouvent plus spécialement aux nœuds. On peut en apporter sur la base des boutures par trempage dans une poudre à base d’hormones synthétiques (Indhormone, Exubérone H, Rootone).
La naissance des bourgeons (de la nouvelle plante). Elle a lieu dès que les jeunes racines sont formées et entrent en activité. Ce départ est en général le signe de l’enracinement (exception : les boutures de feuilles, de tiges nues, de racines).
Quelques gestes pour réussir le bouturage d’été
Les boutures de plein été
La bouture demi-aoûtée. Le choix se fait de préférence sur des rameaux ayant fleuri. Exemple sur le deutzia : coupez des rameaux plus ou moins longs; sec-tionnez-les en boutures de 4 à 6 feuilles; coupez sur la base juste sous un œil; supprimez les feuilles de la base en prenant garde de ne pas blesser les bourgeons axillaires (conservez 2 à 4 feuilles) ; trempez la base dans une poudre d’hormones; repiquez les boutures en pots, en bacs, sous châssis, en les enfonçant jusqu’aux feuilles conservées ; la couverture à l’aide de plastique n’est pas absolument nécessaire, mais il convient alors de bassiner très souvent.
La bouture verte. Choisissez autant que possible des pousses n’ayant pas fleuri. Exemple sur le PHea cadieri : coupez en extrémité sur 20 cm environ ; supprimez les feuilles de la base (50 % environ des feuilles de la bouture) ; trempez dans une poudre d’hormones; repiquez en pots; placez à l’étouffée durant 10 jours.
Les boutures de fin d’été
La bouture intermédiaire en voie d’aoûtement. Choisissez des rameaux ayant fleuri (ou dont la floraison a avorté). Exemple sur le rosier : coupez des rameaux ni trop forts ni trop faibles ; sectionnez-les, le plus bas possible; partagez-les en tronçons de 3 ou 4 feuilles en veillant bien à conserver à leur aisselle des bourgeons gonflés, mais non en voie de débourrement; taillez en léger biseau la base sous un œil; supprimez les deux feuilles inférieures et au besoin une partie du feuillage restant; choisissez une exposition si possible à l’ombre et repiquez à 10 cm en tous sens en terre meuble enrichie de bouse de vache (à défaut tremper la base des boutures dans une poudre d’hormones) ; enfoncez les boutures jusqu’aux feuilles conservées; recouvrez d’un plastique durant 10 jours (à défaut avec des feuilles de choux humidifiées et remplacées tous les 2 jours) ; protégez du froid en hiver avec de la tourbe. Mettez en place au printemps.
La bouture prélevée le long des ramifications secondaires (conifères). Les boutures sont raccourcies à 10-15 cm, base taillée en biseau sous un nœud; supprimez toutes les feuilles sur les 2/3 inférieurs; trempez la base dans une poudre d’hormones; plantez en pépinière sous plastique durant 10 jours. Ce bouturage peut également se faire en mars-avril. Il est valable pour de nombreux arbustes à feuillage persistant.
Des bouturages particuliers :
- Le bouturage de l’ananas : en rosette de feuilles;
- Le bouturage du saintpaulia : en bouture de feuille avec pétiole taillé à 50 %.
- Le bouturage du Bégonia rex : en bouture de feuille avec incision sur les nervures où naîtront les racines (plusieurs pieds avec une seule feuille) ;
- Le bouturage du chlorophytum : plante vivipare produisant de petites plantes avec racines sur leur tige florale ;
- Le bouturage du lis : avec des écailles, coupées en quatre et en carrés;
- Le bouturage du laurier-rose : dans une bouteille remplie d’eau et de morceaux de charbon de bois;
- Le bouturage du cypérus : dans un verre rempli d’eau de pluie;
- Le bouturage du dracæna et de la cordyline : avec un morceau de tige.