Concevoir un jardin en sous-bois

Parler de jardin en sous-bois semble toujours un peu paradoxal; alors que l’art des jardins s’applique à ordonner les plantes en massifs et bordures, à assembler les couleurs les plus éclatantes, à discipliner les formes, en un mot à architectures le sous-bois, au contraire, évoque la nature sauvage, une végétation luxuriante et envahissante où domine le vert, où l’ordre ne semble pas de mise. Et ce n’est pas sans raison que l’aménagement du sous-bois est souvent la terreur du jardinier; à l’ombre des arbres, surtout lorsqu’ils ont un épais feuillage, beaucoup de plantes, notamment les plantes fleuries, se refusent à pousser. Au contraire, la mauvaise herbe, les ronces et autres végétaux rustiques s’y développent à grande vitesse, profitant d’un sol très riche en humus. Ainsi, trop souvent, les quelques arbres et arbustes qui subsistent au fond du jardin restent abandonnés et ce qui pourrait être un coin de fraîcheur et de repos se transforme en une forêt vierge impossible à pénétrer.

Avec le climat qui devient de plus en plus chaud, s’aménager un petit coin dans un sous-bois peut être une excellente idée…

La première étape pour aménager un sous-bois, même lorsqu’il ne s’agit que de quelques dizaines de mètres carrés plantés d’arbres, c’est le débroussaillage, l’arrachage de toute la végétation qui gêne le passage : ronces et lianes, tout doit disparaître pour laisser place aux cultures. Pour mieux détruire les racines de ces mauvaises herbes, retournez la terre en surface. Complétez ce travail par un traitement débroussaillant qui ne laisse intacts que les arbres. Afin d’éviter que le désordre ne reprenne le dessus, tracez rapidement des allées et lieux de passage et délimitez des massifs aux endroits où se feront les plantations.

Premiers aménagements

Les pierres ou les pavés peuvent être largement utilisés pour structurer un sous-bois, leur allure rustique s’intègre bien au décor de verdure et leur solidité résiste aux plantes les plus envahissantes. Une allée empierrée ne signifie pas forcément qu’elle soit privée de végétation ; laissez au contraire quelques plantes tapissantes envahir les jointures et l’ensemble prendra vite un caractère champêtre où la promenade sera facile et agréable. De même, quelques galets placés irrégulièrement autour des arbres ou le long des bordures confèrent au sous-bois un aspect net et soigné, même si à l’intérieur des plates-bandes les plantes s’entremêlent au gré de leur fantaisie.

Prévoyez également quelques accessoires qui personnalisent le jardin, tout en complétant le décor végétal… Une vieille statue en pierre posée sur un lit de lierre ou d’un autre végétal rampant rappellera le charme désuet des parcs d’antan… Une auge de pierre remplie d’eau dormante ou bien un petit bassin enfoncé dans la verdure trouveront leur place parmi quelques fougères. Pensez aussi aux moments les plus chauds de l’été, lorsque l’on cherche à s’abriter des forts rayons du soleil pour prendre un peu de repos et de fraîcheur : un simple banc, posé à l’ombre d’un arbre, sera alors le bienvenu ; et si l’espace disponible n’est pas trop limité, pourquoi ne pas installer un salon de jardin sur un dallage de pierre ?

Créez un climat particulier et intime : la pierre, qui ici dessine quelques marches, donne un aspect rustique à l’ensemble, tout en structurant le jardin.

Une fois les gros aménagements terminés, et les plans bien tracés, voici venu le moment d’effectuer quelques plantations.

Les plantations

En sous-bois, la terre superficielle est en général fertile, riche en humus perpétuellement renouvelé. Mais les plantes y sont souvent en compétition avec les arbres qui ont tendance à puiser toutes les réserves du sol, ce qui explique que même des plantes qui ne craignent pas l’ombre périssent parfois au pied des arbres.

Les principaux problèmes de la culture en sous-bois demeurent cependant l’absence de lumière et parfois

la très forte humidité du sol. En surface, ces deux données excluent le choix de plantes aimant le soleil, les endroits secs où le terrain est perméable, et c’est le cas de nombreuses herbacées à grandes fleurs.

Aussi, pour fleurir un sous-bois, il convient de se limiter aux espèces qui poussent spontanément en forêt, telles que l’anémone des bois, la campanule, la jacinthe des bois, le muguet, le myosotis, le sceau-de-salomon, la primevère, la scille campanulée, la violette. Ces plantes, associées aux fougères, hostas, lierres, gléchomes et autres plantes rustiques, apportent quelques notes de couleur en saison. Plus spectaculaires seront les floraisons d’astilbe, ancolie, digitale, lis, jacinthe, narcisse, trolle… qui s’accommodent eux aussi de l’ombre des sous-bois.

Dans les sous-bois, il y a concurrence entre les arbres, qui ont tendance à s’approprier toutes les réserves du sol, et les plantes. Limitez-vous aux espèces qui poussent spontanément en forêt.

Parmi les arbustes, le choix est plus large; il y a d’abord ceux de terre de bruyère, à condition que le terrain s’y prête : rhododendron, azalée, bruyère se développent très bien sous les arbres. (La terre de bruyère est un sol naturel de sous-bois issu de la décomposition des feuilles de bouleau, bruyères et fougères. Il s’agit d’un sol acide et spongieux.) Ce n’est pas un hasard si on les trouve souvent dans les parcs.

Les azalées s’adaptent très bien au sous-bois, à condition que la terre s’y prête.

De même, tous les arbustes des jardins publics sont bien adaptés à la culture en sous-bois; citons parmi les persistants et conifères : aucuba, bambou, buis, cotonéaster, fusain, mahonia, troène, pyracantha, chamæcyparis, pin Mugho; et pour avoir quelques floraisons : groseillier à fleurs, cognassier du Japon, laurier-tin, millepertuis, spirée, viorne…

Dernier problème : la pelouse. Il est possible d’engazonner une partie d’un sous-bois à la seule condition que l’ombre apportée par les arbres ne soit pas trop forte (le gazon ne pousse pas sous les marronniers). Mais, de manière générale, l’entretien d’un gazon en milieu ombragé est difficile ; le gazon a tendance à s’étioler et à disparaître par plaques. En dehors de l’agrostis des bois, préférez, aux graminées traditionnelles, la sagine et l’helxine (idéale pour tapisser les petits sous-bois : épaisse, traçante et verdoyante).

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