Qu’est-ce qu’une bisannuelle ? Une plante qui fleurit deux fois dans l’année ou bien tous les deux ans ? Bien que ce soit la seconde réponse qui se rapproche le plus de la réalité, il serait inexact, toutefois, d’en rester à cette définition.
Un an pour fleurir
Les bisannuelles sont des plantes qui s’obtiennent à partir de semis, fleurissent arrivées à maturité et meurent immédiatement après la floraison. Celle-ci est plus ou moins longue, plus ou moins tardive selon les espèces, mais débute toujours au printemps.
D’une certaine façon, ce sont des plantes très voisines des annuelles qui, elles aussi, disparaissent après floraison, au contraire des vivaces.
Les annuelles, cependant, ont un cycle végétatif très court qui tient sur une même année : semées en fin d’hiver, elles fleurissent les massifs de l’été et peuvent même commencer à apparaître en mai-juin : 6 à 9 mois de vie en moyenne.
Elles démarrent en été
Les bisannuelles ont une durée de vie plus longue, oscillant entre 12 et 16 mois, qui se situe à cheval sur deux années du calendrier, d’où le terme de « bisannuelle ». Ces plantes se sèment donc à partir du début du mois de juin jusqu’en août… La germination est alors favorisée par une température ambiante chaude, un cycle de jours longs, à condition de maintenir une humidité suffisante par arrosage et d’ombrer pour que le jeune feuillage ne se dessèche pas. Les plantes ont théoriquement atteint la taille idéale, pour affronter l’hiver, lorsqu’elles sont mises en place à l’automne; les plants semés trop tôt, s’ils sont très développés, souffriront de l’hiver, leurs jeunes rameaux étant très sensibles aux gelées; à l’opposé, ceux qui ont été semés trop tard ont du mal à vivre sur leurs réserves jusqu’au printemps. C’est pourquoi il est important de bien choisir la date du semis. L’optimum varie d’une espèce à l’autre, et sera indiqué pour chaque plante.
Les compagnes des oignons à fleurs
Les bisannuelles les plus connues et sans doute les plus appréciées sont celles de début de printemps, car elles sont seules à fleurir les plates-bandes avec les bulbeuses. Peu nombreuses, leurs noms sont évocateurs, même pour le néophyte : giroflée ravenelle, myosotis, pâquerette, pensée…
Celles qui leur succèdent dès le mois de mai se mêlent aux vivaces : campanule à grosses fleurs, œillet des poètes, giroflée quarantaine, pavot d’Islande, lunaire (monnaie-du-pape), rose trémière.
En plus de toutes les bisannuelles qui ne peuvent se cultiver autrement que selon le mode bien précis décrit plus haut, il est toute une série de plantes annuelles ou vivaces qui peuvent s’élever de la même manière que les bisannuelles, ce qui explique qu’il est souvent mentionné sur les sachets de graines : « Semer au printemps ou à l’automne. » Dans certains cas, il est en effet préférable de semer en septembre des plantes à floraison estivale, afin de donner plus de temps au pied pour acquérir sa taille adulte et sa vigueur. Ainsi on sème souvent en septembre des annuelles telles que clarkia, coquelicot, godetia, nigelle, pois de senteur, gypsophile, muflier, pied-d’alouette annuel, silène, souci… De même, certaines vivaces sont souvent assimilées aux bisannuelles parce qu’elles s’accommodent très bien du semis d’été et fleurissent dès l’année suivante : ancolie, érysimum, primevère…
Quelques bisannuelles de début de printemps
La giroflée des murailles, ou giroflée ravenelle (Cheiranthus cheiri)

En association avec des myosotis ou des tulipes de même coloris, la giroflée jaune ou ravenelle apporte des taches dorées aux compositions de printemps. C’est une plante très rustique, il n’est pas rare de la voir croître entre les pierres des vieux murs qui bordent les chemins. Elle est même vivace, mais réussit mieux traitée en bisannuelle.
Semée à la mi-juin, elle fleurit très tôt.
Beaucoup de variétés améliorées sont apparues sur le marché ces dernières années, et il est courant de trouver, en plus des fleurs jaune intense traditionnelles, des tons de bruns, des dégradés d’orangé et même des fleurs blanches ou violettes. Fort heureusement, ces changements de coloris n’ont pas fait perdre aux giroflées leur parfum suave, parfois même entêtant. Les tiges de ravenelles peuvent atteindre 40 cm de haut, mais, pour les massifs, les variétés naines plus denses et régulières sont préférables. Celles-ci ne dépassent pas 25 à 30 cm de haut.
Le semis se fait de mai à juin; repiqués en juillet-août, les plants sont mis en place à l’automne. C’est une plante de culture facile.
Le myosotis des Alpes (Myosotis alpestris)

Comme son nom l’indique, le myosotis pousse spontanément dans les Alpes, dans les endroits frais, humides, et il est fréquent d’en rencontrer dans les zones d’alpages en altitude relativement élevée (1 200-1 600 m).
Au jardin, cette plante habituée aux rudes climats des montagnes est cependant délicate et capricieuse. Il est essentiel de lui réserver un coin frais, mi-ombragé et bien drainé. Au pied de certains arbres, les myosotis forment parfois un tapis ravissant.
En bordure, ils soulignent les massifs de bulbeuses. Leur bleu intense s’harmonise bien avec les tons roses des pâquerettes, des tulipes aux coloris pastel, saumonés, mais il peut aussi trancher avec le jaune des giroflées ou des coloris rouges plus violents.
Le myosotis est une plante vivace qui tient très mal plusieurs années de suite, c’est pourquoi elle est vendue et cultivée comme bisannuelle.
Le semis peut attendre l’été, juillet-août étant la meilleure période. Au moment de mettre en place, veillez à ce que le sol soit léger, frais et riche en humus.
La pâquerette des jardins (Bellis perennis)

Des petites fleurs blanches qui envahissent les prairies et même les gazons, aux pompons roses, blancs ou rouges, ce sont toujours des pâquerettes; mais beaucoup d’essais, de croisements, d’améliorations ont eu lieu entre les espèces sauvages et les variétés du commerce.
Ces gracieuses fleurs doubles bordent les massifs, s’intègrent aux plantations de tulipes, s’harmonisent bien avec les myosotis.
La pâquerette est une vivace, cultivée comme bisannuelle; on pratique le semis en juillet-août, pour mettre en place à l’automne en situation mi-ombragée, dans un sol frais.
On peut essayer d’obtenir une seconde floraison en divisant les touffes et en leur faisant subir un repos en pépinière, mais le succès n’est pas assuré.
La pensée (Viola tricolor hortensis)

Petite plante de 15 à 20 cm de haut, elle est cultivée pour la beauté de sa fleur… Et c’est bien pour cela que les horticulteurs en ont créé de toutes sortes. Il en existe maintenant de toutes les couleurs, unies, maculées de noir, vives ou pâles. Il est possible d’avoir des pensées de février à juin, à condition de les renouveler périodiquement.
Elle s’accommode de toutes les expositions, c’est une excellente plante de ville, pour les jardinières et pour les petites bordures.
Le semis se fait pendant l’été; on repique en pépinière. Les plants peuvent y rester tout l’hiver et sont mis en place seulement quelques jours avant la floraison, même aux endroits qui sont à l’ombre toute la journée.
La campanule à grosses fleurs (Campanula medium)

Très spectaculaire, à cause de son développement important (elle atteint 1 m à 1,50 m de haut) et de ses grosses clochettes blanches, roses ou mauves renflées à la base, au port légèrement retombant, cette campanule s’épanouit de mai-juin jusqu’à la fin juillet.
C’est une excellente fleur à bouquets ; elle s’harmonise très bien à toutes les vivaces de printemps en bordures. Il est parfois nécessaire de la tuteurer.
Le semis se pratique assez tôt (première quinzaine de juin) afin de laisser à la plante le temps d’atteindre un bon développement avant le repos hivernal. Repiquée en pépinière, la campanule est mise en place à l’automne.
La digitale (Digitalis)

A l’arrière-plan des massifs, c’est une plante très décorative et robuste. Elle ne craint que le calcaire. S’accommodant de l’ombre, elle préfère la mi-ombre et même les expositions ensoleillées. Il est préférable de la tuteurer, quoique ses tiges raides et robustes se maintiennent quelquefois sans soutien.
La plus couramment cultivée est la digitale pourpre (Digitalis purpurea), qui n’est pas forcément rouge mais peut prendre des tons bleu, violet ou blanc.
Semée à la mi-juin, elle sera repiquée assez tôt et prête à la mise en place en automne.
La giroflée d’été et d’hiver (Matthiola incana)

Tout aussi éclatante que la giroflée de printemps, celle-ci s’épanouit plus tard (juin et tout l’été).
Elle est aussi parfumée que le Cheiranthus cheiri, et la gamme de coloris qu’elle propose est différente : des violets, des rouges et des roses plutôt que des bruns et des jaunes.
Sa taille est plus élevée; elle atteint couramment 50 cm. Tous les terrains ensoleillés lui conviennent.
Plus tôt la giroflée quarantaine est semée, mieux elle sera lors de la mise en place. Dès le début de juin, il faut donc se mettre au semis et repiquer quelques jours plus tard en pépinière abritée du soleil. Pour ces semis, on choisit des variétés d’hiver. Ne retenir que les plantules de couleur claire, qui sont l’indice des fleurs bien doubles. Les semis de février de l’année permettent de les cultiver comme des annuelles. On peut aussi semer en avril, mais en pépinière.
La lunaire (Lunaria annua)

La lunaire doit sans doute son surnom de monnaie-du-pape à ses pièces rondes argentées qui restent accrochées le long des tiges séchées et la rendent très décorative dans les bouquets secs.
Au jardin, elle ne présente pas un grand intérêt; les fleurs étant aussi insignifiantes que les fruits peuvent être amusants, lui réserver une place au coin des fleurs à bouquets.
Semés en mai-juin, les plants sont repiqués en pépinière à 50 cm de distance et mis en place en septembre dans un endroit mi-ombragé en terrain plutôt frais.
L’œillet de poète (Dianthus barbatus)

Entre l’œillet de poète et l’œillet des fleuristes, il y a à peu près autant de distance qu’entre la campanule des murailles et la campanule à grosses fleurs. Tout comme le myosotis, cet œillet pousse à l’état spontané dans les Alpes. Cependant, il n’est pas vivace au jardin ; la première floraison étant de loin la plus belle et les touffes se dégarnissant très vite, on le ressème chaque année.
Les fleurs donnent de fin mai à juillet et remontent parfois à l’automne; simples ou doubles, incolores ou panachées, elles enchantent les bordures de leurs coloris vifs et intenses.
L’œillet de poète s’accommode de tous les terrains, sauf s’ils sont trop acides, et recherche le soleil. On le sème tôt en saison, dès le mois d’avril. Le repiquage a lieu l’été; les plants doivent être placés à 30 cm environ les uns des autres.
Le pavot d’Islande (Papaver nudicaule)

Annuel, vivace, bisannuel, il y a de tout chez les pavots et il est souvent difficile de s’y retrouver dans cette grande famille.
Pourtant, il est impossible de confondre le pavot d’Islande avec les gros pavots au cœur taché de noir ou avec les petits pavots de rocaille. S’élevant à 25-40 cm du sol, c’est une petite fleur simple, discrète par sa forme, mais remarquée à cause de ses coloris jaune, blanc, orangé, parfois presque rouge, et souvent carné. Au centre, on retrouve la capsule du pavot, reconnaissable entre toutes, entourée d’un petit nuage d’étamines jaunes.
Le pavot d’Islande n’est pas difficile à cultiver quel que soit le terrain. Il n’a pas besoin d’ombre et trouve bien sa place dans les massifs les plus exposés au soleil.
Semer en juillet-août, repiquer et mettre en place en ménageant des intervalles de 25 cm.
Bon à savoir : les bisannuelles tardives peuvent être associées aux premières fleurs annuelles un peu forcées telles que les pétunias. Elles peuvent aussi être associées avec beaucoup de bonheur à la gypsophile blanche et aux mufliers nains, aux couleurs chaudes et chatoyantes.