Comment combattre les mauvaises herbes ?

Apprenez à mieux les connaître pour mieux les combattre…

Aucun botaniste n’a jamais pu donner de définition précise de la mauvaise herbe. C’est, en effet, une plante comme les autres, avec des racines et un feuillage qui lui permettent d’assurer son alimentation. Elle fleurit, fructifie et se multiplie sans échapper au cycle naturel de la reproduction. Elle a une vie autonome, ce n’est donc pas un parasite, alors pourquoi dit-on qu’elle est mauvaise?

Il suffit d’avoir laissé des semis de légumes s’étouffer sous des herbes folles, ou bien de s’être débattu avec quelques lianes de liseron enroulées autour d’une tige de vivace, pour comprendre ce qu’est une « mauvaise herbe »…

A partir du moment où le jardinier veut cultiver une espèce bien précise, il lui faut lutter contre une foule d’autres plantes qui, se trouvant en terrain fertile, ne demandent qu’à pousser elles-mêmes, appauvrissant ainsi le sol et occupant un espace souvent limité et précieux de manière anarchique. Même la plus jolie fleur peut devenir une mauvaise herbe si elle se développe à la place d’une plante cultivée… D’ailleurs, c’est bien le cas pour les coquelicots et les bleuets; lorsqu’ils envahissent les champs de blé, ils ont beau ravir le promeneur, agrémenter la campagne de vives couleurs, pour le cultivateur, ce ne sont que des ennemis qui risquent de diminuer la récolte et rendre la moisson délicate.

Au jardin, les plantes indésirables ne trompent personne; à l’exception des pâquerettes parfois très décoratives dans la pelouse, qu’elles détruisent peu à peu, les autres habituées des jardins ne produisent que des fleurs minuscules sans intérêt. Quant à leur végétation informe, irrégulière, elle confère aux bordures et plates-bandes un aspect sale et désordonné.

Les mauvaises herbes, appelées adventices, qu’elles soient vivaces ou annuelles, ont toutes un point commun : la ténacité. Habituées à pousser dans les fossés, les bords de routes, les champs en friche, elles trouvent au jardin des conditions plus favorables et il est toujours bien difficile de s’en débarrasser complètement même en appliquant les traitements les plus sévères. Sans vouloir tenir des propos pessimistes, il faut s’attendre à ce qu’il reste çà et là un bout de racine prêt à émettre des radicelles et tracer de nouveau un réseau infernal. Ou bien ce seront quelques graines égarées qui recréeront de petites colonies. Ou encore une tige couchée au sol qui trouvera les conditions propices pour s’enraciner… Tous les moyens seront bons pour resurgir là où le combat semblait avoir réglé le problème à jamais.

Les moyens de lutte contre les mauvaises herbes

Ils sont heureusement nombreux et deviennent de plus en plus spécifiques.

L’arrachage.

Sans doute le plus ancien, et non le moins efficace. La binette, la serfouette, la lame à parer sont des outils précieux pour gratter la terre du potager et des plates-bandes. Les plantes à enracinement superficiel, telles que la stellaire, le mouron, le lierre terrestre, etc., disparaîtront facilement après binage, surtout si les premiers coups ont été donnés dès la fin de l’hiver. Les végétaux à racine pivotante, type plantain, pissenlit, chardon, sont au contraire beaucoup plus tenaces.

En retournant le sol, on risque de couper la carotte, souvent enfoncée très profondément dans le sol. Le travail fourni est alors nul : le morceau restant en terre est en effet chargé de bourgeons, qui, stimulés par cette taille sévère, vont immédiatement former de nouvelles racines, assurant ainsi un redémarrage rapide. Des outils spéciaux, appelés « arrache-pissen-lits », permettent de saisir la tige entre deux bras rigides et d’arracher la plante en entraînant la racine tout entière par un système de levier.

Pour ceux qui s’attaquent systématiquement aux adventices, il existe aussi la « pique », une lame à deux bras qui permet de saisir le végétal par la tige, et la « canne à désherber » qu’on enfonce dans la terre au pied de la touffe à détruire; il faut ensuite actionner une pince, type pince à sucre, pour arracher l’herbe ; si la terre est meuble, l’ensemble suit bien.

Les désherbants

Lorsque l’arrachage vient trop tard en saison, les mauvaises herbes ont pris trop d’importance pour qu’il soit possible de les arracher manuellement, il faut alors utiliser les désherbants chimiques. Ce type de traitement est d’ailleurs toujours indispensable pour les herbes à réserves, telles que le liseron et le chiendent. Ces dernières, grâce à de nombreux filaments enfouis parfois à plus de 2 m dans la terre, reprennent vigueur après pratiquement tous les arrachages. Il convient donc de multiplier les efforts et étouffer le réseau par des applications de solutions de désherbants à raison d’au moins trois à cinq fois par an. Il existe des produits détruisant le chiendent qui ne portent pas préjudice aux cultures à venir et qui préservent l’environnement

Le choix du désherbant dépend à la fois de la plante à combattre et de la plante envahie. Contre les adventices du gazon, par exemple, les produits à base de 2,4-D (acide 2,4 dichlorophénoxyacétique) et le MCPA (acide 4 chloro 2 phénoxyacétique), qui sont des « phytohormones » mimétiques de l’auxine sont bien adaptés, puisqu’ils sont inactifs sur les graminées et actifs sur un grand nombre d’autres plantes. Et leur efficacité contre les mauvaises herbes n’est plus à démontrer puisqu’ils sont utilisés depuis leur brevetage, en 1945. Certains produits ont une action au niveau du sol, d’autres agissent à la fois sur les feuilles et sur les racines. De toute façon, les modes d’épandage sont les mêmes. Les désherbants présentés en poudre s’appliquent directement au sol, selon les doses indiquées. Ceux qui sont vendus en solution liquide sont répandus au moyen d’un pulvérisateur, ou bien d’un arrosoir, ou encore d’un pinceau si la zone à traiter est limitée (pissenlit, plantain). Il n’en reste pas moins que, malgré sa réelle efficacité, cet acide est classé comme perturbateur endocrinien par certains pays, interdit par d’autres et qu’il n’y a aucun doute sur sa toxicité de manière générale, surtout s’il est manipulé de trop près ou ingéré.

Le glyphosate, qu’on ne présente plus, est le désherbant le plus utilisé dans le monde, certainement l’un des plus efficaces et sans aucun doute l’un des plus controversés. Issu d’une molécule de synthèse, il est classé depuis 2015 comme « probablement cancérigène » mais son faible coût en fait un désherbant extrêmement populaire, notamment lorsqu’il s’agit de traiter de grandes surfaces.

Des désherbants « biologiques » existent également dans le commerce, avec des résultats plus ou moins convaincants. Bien que possédant parfois le label « bio » ou « recommandé pour l’agriculture biologique », ces désherbants sont eux-mêmes très souvent issus :

  • de l’acide acétique qui n’a pas été reconnu comme cancérigène mais qui a néanmoins la capacité de dissoudre le latex ou de causer des brûlures en cas de contact avec la peau.
  • de l’acide pélargonique, dans lequel on trouve des sels d’aluminium généralement utilisés dans les déodorants et qui n’a pas été déclaré comme cancérigène mais que l’on soupçonne d’impacter gravement la santé chez certaines personnes.

Pour se dédouaner les fabricants n’hésitent pas à indiquer que ces désherbants contiennent des substances « naturellement présentes dans l’environnent » (sic – l’uranium est aussi présent naturellement dans l’environnement et serait diablement efficace pour désherber votre jardin, mais l’utiliseriez-vous pour autant ?) ou « d’origine végétale ». Le meilleur moyen de se faire une idée de la nocivité de ce type de produit est de lire la section « Précautions d’emploi » sur l’emballage. De façon générale, il y a peu de chance que vous trouviez un désherbant commercialisé dans le commerce qui ne présente aucune contre-indication ou effet indésirable sur la santé humaine.

Il reste les désherbants « maison », souvent constitués de bicarbonate, de vinaigre blanc, de gros sel etc…Ou les trois à la fois ! Certainement moins nocifs que les désherbants chimiques, ces ingrédients n’en demeurent pas moins très agressifs. Le sel par exemple, en s’attaquant aussi bien aux graminées qu’aux autres plantes, stérilise littéralement les sols en tuant au passage toute la faune…pendant longtemps. Ce qui implique que vous ne reverrez pas de sitôt des verres de terre et autres insectes aux endroits qui ont été traités. Quant au vinaigre, il est composé majoritairement d’acide acétique dont il était question plus haut…

Identifier les mauvaises herbes les plus courantes

Avec un peu d’habitude, vous les reconnaîtrez facilement. Voici les vingt plus courantes mauvaises herbes :

Achillée millefeuille

Vivace, elle se contente des endroits secs et calcaires pour étaler ses touffes de feuillage découpé. Superficielle, mais pourtant très tenace dans les gazons.

Angélique sauvage

Infeste les sols lourds. Ses fleurs en ombelle sont bien typiques. Arrachez la racine plusieurs fois de suite pour l’éliminer.

Bourse-à-pasteur

Sa tige dressée haute de 20 à 30 cm porte des fleurs blanches dès le printemps. Les semences germent en automne. A arracher avant la floraison.

Chardon

Son feuillage dur et piquant ne le rend pas très attrayant. Le détruire par arrachage du pivot-racine tant qu’il est encore jeune.

Chénopode

Annuelle, elle peut atteindre 1 m; fleurit en été. Son système radiculaire puissant étouffe les autres végétaux et il n’est plus possible de l’arracher à l’âge adulte.

Chiendent

C’est une des graminées les plus tenaces qui soient. Une petite fraction de son rhizome suffit à régénérer la plante. Pousse en tout terrain.

Gléchome

Appelé aussi lierre terrestre, il pousse et fleurit sous les haies, dans les endroits ombragés. Facile à détruire.

Liseron

Les racines du liseron des haies peuvent s’enfoncer jusqu’à 2 à 3 m de profondeur. Il affectionne les sols frais et humides, mais peut se développer dans tous les jardins dont il épuise le sol.

Mouron

Annuel, sa floraison est rouge ou bleue. Il se développe de préférence en sols sablonneux et étale ses tiges frêles sur le bord des allées ou des sillons, mais s’élimine facilement à la binette.

Moutarde des champs

Reconnaissable à sa fleur de crucifère jaune ou blanche, elle pousse en terrain calcaire… Facile à détruire, elle fait cependant de fréquentes apparitions.

Ortie

Connue de tous pour ses propriétés urticantes. Tant qu’elle n’a pas tout envahi, l’ortie se détruit facilement par sarclage. Dans le gazon, la tonte suffit à la faire disparaître.

Oseille

Partout où la terre est un peu fertile (mais en voie d’acidification), la petite oseille se développe. Elle revient constamment dans les bordures et son haut développement ne passe pas inaperçu. Attention à ne pas la briser en l’arrachant.

Pâquerette

Très connue, parfois décorative, elle peut cependant nuire au gazon. Elle ne se détruit plus aisément lorsqu’elle a pris trop d’importance.

Pissenlit

Le pissenlit et ses aigrettes légères, joie des enfants, emblème d’un grand dictionnaire, mais aussi adventice tenace. Aime les sols argileux. Sa rosette de feuilles découpées est aussi connue que sa fleur jaune. Il est difficile de s’en débarrasser, surtout dans les sols argileux qu’il affectionne particulièrement.

Plantain

Pousse isolé ou en touffe sur les pelouses et allées. Ses feuilles larges et luisantes sont faciles à reconnaître. Son pivot est assez difficile à arracher.

Prêle

En cierge, lorsqu’elle n’est pas ouverte, ses feuilles en bâtonnets s’épanouissent en verticilles réguliers le long de la tige. Témoigne d’un terrain argileux et humide.

Renoncule

Se trouve dans toutes les prairies bien humides et fraîches, surtout si le sol est argileux ; elle pousse aussi dans les bordures et les allées. Assez facile à arracher avant le printemps.

Séneçon

Il se multiplie très rapidement dans les terres riches et travaillées ; se détruit facilement par arrachage de sa tige avant floraison. Fleurit jaune au printemps et en été.

Trèfle

Vient dans les pelouses et les allées en tapis. Des arrosages répétés de désherbants sélectifs le détruisent facilement.

Véronique

Fleurit bleu tout l’été, dans les endroits secs. Elle n’est pas très tenace, mais peut réapparaître souvent. A arracher ou traiter au désherbant.

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